Je suis dans le domaine de l’éducation depuis presque 30 ans. Au
départ, ma formation était en adaptation scolaire, puis en éducation
préscolaire et en enseignement primaire. Ma philosophie a toujours été d’apprendre
à apprendre et surtout partager le plaisir d’apprendre.
Dans ma pratique, cela se traduisait par le prétexte d’utiliser
des projets pour apprendre les concepts théoriques. Certes, ce n’était pas
toujours parfait puisque je n’arrivais pas toujours à couvrir le programme
ministériel faute de temps, mais je voyais cette étincelle dans les yeux des
enfants, la découverte et l’utilisation de leur potentiel.
Déjà, à la fin des années 90, plusieurs enfants étaient diagnostiqués
TDAH, ils écrivaient au son et souhaitaient en finir avec l’école au plus vite
pour aller sur le terrain. Je ne parle pas d’étudiants du secondaire ou du
collégial, mais des enfants de la fin du primaire.
Comme je disais souvent, ils ne « fittaient » pas dans
le moule. Ce n’était pas faut de ressource. J’avais un élève qui avait déjà
doublé une année scolaire, qui n’allait pas y arriver une fois de plus, mais oh
combien doué en dessin et avec un sens de l’humour incroyable !
Comment ne pas le perdre en cours de route, dans ce système
behavioral, où on apprend graduellement aux enfants à entrer dans le moule, à
travailler pour les notes et petit à petit à perdre leur créativité, et ce pour
le mérite de leur faire apprendre la connaissance !
Depuis de nombreuses années, je me mets à penser à tous ces
enfants que l’on diagnostique à coup de TDAH. À l’époque, il ne faillait pas
leur mettre d’étiquette, maintenant, on les multiplie. Qu’avons-nous à
apprendre de tout cela ? Est-ce les enfants qui ont la solution ? Et si nous
nous mettions à les observer, à comprendre qu’ils ont tout à nous apprendre ?
Que ce sont peut-être nous, adulte, qui avons tout faux ?
Ayant eu à travailler avec l’approche par compétences plusieurs
années, je pense que nous avons une partie de la réponse. Nous donnons enfin du
sens aux connaissances, nous créons des situations authentiques, nous nous
éloignons du cerveau vide à remplir et partons des connaissances antérieures.
Qu’est-ce que l’apprenant connait ? Comment pouvons-nous lui faire faire des
liens pour qu’il réorganise ses connaissances et fasse du sens avec les
nouvelles avec lesquelles il est confronté ?
À partir des expériences du primaire et du collégial, comment, à l’université,
là où les savoirs prédominent, pouvons-nous faire place aux compétences, aux
savoir-agir ? Là est la question qui, dans le contexte où j’évolue comme
technopédagogue en formation à distance, m’interpelle au plus au point.
Pouvons-nous effectivement faire changer le paradigme ? Est-ce que la formation
hybride, la formation à distance et les pédagogies actives peuvent être une
piste de solution ? C’est bien ce que j’ai hâte de découvrir à travers ce cours
et ce programme universitaire…
Je me retrouve assez bien dans votre réflexion. Peut-être est-ce cette aversion envers le moule qui nous pousse à vouloir aller voir plus loin, ou ailleurs, pour tenter de mieux répondre aux besoins des étudiants présentant des profils variés (Pageau et Bujold, 2000) et avec des caractéristiques influençant d’une part l’accès aux technologies numériques (Goode, 2010) et d’autre part, les inégalités numériques (UNESCO, 2008). Dans ce contexte, est-il même encore pertinent de rechercher ce moule, alors que de plus en plus on tend à développer une approche inclusive dans le milieu universitaire (Fortier et Bergeron, 2016; Treviranus et Coombs, 2000) ?
RépondreEffacerPour moi, l’attrait pour le numérique en contexte pédagogique se situe justement dans la possibilité de rejoindre autrement les étudiants, là où ils sont, en leur offrant flexibilité et adaptation. Cette tâche n’apparaît pas simple, car bien que les technologies font partie de la vie courante de plusieurs, à degrés variables, il semble qu’autant les enseignants universitaires (Collin, 2016; Gabriel, Campbell, Wiebe, MacDonald et McAuley, 2012; Ricoy, Feliz et Couto, 2013) que les étudiants (Jones, Ramanau, Cross et Healing, 2010) devront développer des "nouvelles" compétences pour parvenir à un usage pédagogique des technologies numériques(ce qui fera sans doute l’objet d’un prochain billet!).
Références bibliographiques
Collin, S. (2016). L’adoption du numérique par les enseignants universitaires: où en est-on? Quelques éléments de réflexion http://pedagogie.uquebec.ca/portail/system/files/documents/membres/conference_griip_v2.pdf
Fortier, M.-P., & Bergeron, G. (2016). Éducation inclusive : repères pour la pratique à l'université. Le Tableau, 5(3).
Gabriel, M., Campbell, B., Wiebe, S., MacDonald, R., & McAuley, A. (2012). The Role of Digital Technologies in Learning: Expectations of First Year University Students. Canadian Journal of Learning and Technology, 38(1), 18.
Goode, J. (2010). The digital identity divide: how technology knowledge impacts college students. New media & society, 12(3), 497-513. doi: 10.1177/1461444809343560
Jones, C., Ramanau, R., Cross, S., & Healing, G. (2010). Net generation or Digital Natives: Is there a distinct new generation entering university? Computers & Education, 54(3), 722-732.
Pageau, D., & Bujold, J. (2000). Dis-moi ce que tu veux et je te dirai jusqu'où tu iras : les caractéristiques des étudiantes et des étudiants à la rescousse de la compréhension de la persévérance aux études : analyse des données des enquêtes ICOPE : 1er volet : les programmes de baccalauréat. . Québec: Université du Québec à Québec, Direction du recensement étudiant et de la recherche institutionnelle.
Ricoy, C., Feliz, T., & Couto, M. J. (2013). The Digital Divide among University Freshmen. Turkish Online Journal of Educational Technology - TOJET, 12(2), 262-268.
Treviranus, J., & Coombs, N. (2000). Bridging the Digital Divide in Higher Education. 2-12.
UNESCO. (2008). Vers des indicateurs de la maîtrise de l’information. Paris: UNESCO.